Friday, March 16, 2007

Lucien.

Country of Origin: France
Original Language: French
Published in: Les Petits Outrages.
Published by: Le Castor Astral


Lucien. Lucien était douillettement recroquevillé sur lui-même. C’était là une position qu’il lui plaisait de prendre. Il ne s’était jamais senti aussi heureux de vivre, aussi détendu. Tout son corps était au repos el lui semblait léger. Léger comme une plume, comme un soupir. Comme un inexistence. C’était comme s’il flottait dans l’air ou peut-être dans l’eau. Il n’avait absorbé aucune drogue, usé d’aucun artifice pour accéder à cette plénitude des sens. Lucien était bien dans sa peau. Il était heureux de vivre. Sans doute était-ce un bonheur un peu égoiste.
Une nuit, le malheureux fut réveillé par des douleurs épouvantables. Il se sentit comm serré dans un éteu, ecrasé par le poids de quelque fatalité. Quel était donc ce mal qui lui fondait dessus ! Et pourquoi sur lui plutôt que sur un autre ? Quelle punition lui était là infligée ? C’était comm si on l’écartelait, comm si on brisait ses muscles à coups de bâton. « Je vais mourir », se dit-il.
La douleur était telle qu’il ferma les yeux et s’y abandonna. Il était incapable de résister à ce flot qui le submergeait, à ce courant qui l’entraînait loin de ses rivages familiers. Il n’avait plus la force de bouger. C’était comme si un carcan l’emprisonnait de la tête aux pieds. Il se sentait attiré vers un inconnu qui l’effrayait déjà. Il lui sembla entendre une musique abyssale. Sa résistance faiblissait.
Le néant l’attirait vers lui.
Un étrage sentiment de sulitude l’envahit alors. Il était seul dans son épreuve, terriblement seul. Personne ne pouvait l’aider. C’était en solitaire qu’il lui fallait franchir le passage. Il ne pouvait en être autrement.
Ses tempes battaient, sa tête était traversée d’ondes douloureuses. Ses épaules s’enfonçaient dans son corps. « C’est la fin », se dit-il encore. Il lui était impossible de faire un geste.
Un moment, la douleur fut si forte qu’il crut perdre la raison et soudain ce fut comme un déchirement en lui. Un éclair l’aveugla. Non, pas un éclair, une intense et durable lumière plus exactement. Un feu embrasa ses poumons. Il poussa un cri strident. Tout en l’attrapant par les pieds, la sage-femme dit: « C’est un garçon. »
Lucien était né.


Lucien. Lucien war gemütlich in sich zusammengerollt. Für ihn war das eine Position, die er sehr gerne einnahm. Nie war er glücklicher gewesen, am Leben zu sein, nie hatte er sich entspannter gefühlt. Sein ganzer Körper war im Ruhezustand und fühlte sich leicht an. Leicht wie eine Feder, leicht wie ein Seufzer. Wie nonexistent. Es war gerade so, als ob er in der Luft schwebte, oder vielleicht auch im Wasser trieb. Er hatte keine Drogen genommen, sich keiner künstlichen Mittel bedient, um diesen Zustand der Sinnesfülle zu erreichen. Lucien fühlte sich wohl in seiner Haut. Er war glücklich, am Leben zu sein. Vielleicht war das auch eine etwas egoistische Glückseligkeit.
Eines Nachts wurde der Unglückliche von grauenerregenden Schmerzen geweckt. Es fühlte sich an, wie in einen Schraubstock eingezwängt zu werden, erdrückt zu werden vom Gewicht irgendeines unbekannten Schicksals. Was war nur dieser Schmerz, der ihn überkam? Und warum er und nicht jemand anderer? Welche Strafe war ihm da auferlegt worden? Es war so, als ob man ihn vierteilte, als ob man seine Muskeln mit Stockhieben zerschlug. „Ich werde sterben“, dachte er.
Der Schmerz war so stark, dass er die Augen schloss und sich aufgab. Er war unfähig, sich gegen die Flut zu wehren, die ihn überwältigte, gegen diesen Strom, der ihn weit von seinen vertrauten Gestaden fortriss. Er hatte nicht mehr die Kraft, sich zu bewegen. Es fühlte sich an, als ob eine drückende Last ihn von Kopf bis Fuß lähmte. So, als ob er von etwas Unbekanntem, das ihm Angst machte, angezogen wurde. Es kam ihm vor wie Musik aus der Tiefsee. Sein Widerstand schwand dahin.
Das Nichts zog ihn zu sich.
Dann überkam ihn ein merkwürdiges Gefühl der Einsamkeit. Er war alleine in seinem Kampf, schrecklich alleine. Niemand konnte ihm helfen. Diesen Gang musste er alleine gehen. Es konnte einfach nicht anders sein.
Seine Schläfen pulsierten, schmerzhafte Wellen durchfuhren seinen Kopf. Seine Schultern sanken in seinen Körper ein. „Das ist das Ende“, dachte er wiederum. Es war ihm unmöglich, sich zu bewegen.
Für einen Augenblick war der Schmerz so stark, dass er dachte, er würde den Verstand verlieren. Es war, als ob zerrissen würde. Ein Blitz blendete ihn. Nein, kein Blitz, ein intensives und nachhaltiges Licht, um genauer zu sein. Ein Feuer versengte seine Lungen. Er stieß einen gellenden Schrei aus. „Es ist ein Junge“, sagte die Hebamme, während sie ihn an den Beinen hielt.
Lucien ward geboren.

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